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Formation & IA Act : comment rester innovant tout en respectant la réglementation ?

Rédigé par Jeanne Scholz | 11 mai 2026 09:50:29

L’intelligence artificielle transforme progressivement le secteur de la formation professionnelle. Personnalisation des parcours, automatisation des tâches répétitives, génération de contenus pédagogiques, accompagnement des apprenants : les usages se multiplient et offrent de nouvelles opportunités aux organismes de formation.

Mais derrière ces avancées se pose une question essentielle : comment continuer à innover tout en respectant le cadre réglementaire européen ?

Depuis août 2024, l’Union européenne a adopté un règlement inédit : l’IA Act, ou Règlement européen sur l’intelligence artificielle. Ce texte encadre les usages de l’IA et impose des obligations strictes, notamment lorsque l’intelligence artificielle est utilisée dans des domaines sensibles comme l’éducation, l’évaluation ou la formation professionnelle.

Pour les organismes de formation, il devient donc indispensable de comprendre les règles applicables, d’anticiper les obligations à venir et de mettre en place des pratiques conformes.

L’IA Act : le premier cadre légal européen dédié à l’IA 

Le Règlement européen sur l’intelligence artificielle, adopté en mars 2024, est le premier cadre légal contraignant au monde destiné à encadrer les usages de l’IA. Il s’applique directement à tous les pays membres, sans besoin de loi nationale supplémentaire. Il entre en vigueur progressivement jusqu’en 2026.

Le principe central est celui du niveau de risque associé à un système d’IA. On distingue quatre catégories :

    • Le Risque inacceptable : ces systèmes sont tout simplement interdits. Cela concerne notamment les IA qui manipulent les comportements à l’insu des utilisateurs, certains dispositifs de reconnaissance faciale en temps réel ou encore les systèmes de notation sociale.
    • Le Risque élevé : Ces systèmes restent autorisés, mais sous conditions strictes. Ils doivent notamment respecter des obligations de documentation, de transparence, de supervision humaine, de cybersécurité et d’auditabilité.
    • Le Risque limité : ces systèmes sont soumis à une obligation d’information.
    • Le Risque minimal : il concerne les systèmes libres d’usage, sans obligation particulière.

Pourquoi les organismes de formation sont directement concernés 

Dans le secteur de la formation, c’est principalement la catégorie des systèmes à risque élevé qui entre en jeu. Le règlement considère comme “à haut risque” les systèmes d’IA utilisés pour :

  • L’évaluation automatisée des performances des apprenants,
  • L’orientation dans les parcours de formation,
  • La gestion adaptative des contenus pédagogiques.

Cela inclut donc les LMS adaptatifs, les correcteurs automatisés de quiz, les chatbots pédagogiques, les outils de scoring automatisé ou les recommandations personnalisées d’apprentissage.

Par exemple, si un outil adapte automatiquement les modules proposés à un apprenant selon ses résultats précédents, il entre très probablement dans le champ du risque élevé défini par l’IA Act.

Ces utilisations nécessitent des mesures de supervision humaine, de cybersécurité, de documentation et de transparence rigoureuses.

Le calendrier de mise en application de l’IA Act s’étale sur plusieurs années :

    • En février 2025, l’interdiction effective des IA à risque inacceptable est entrée en vigueur.
    • Depuis août 2025, les systèmes à haut risque doivent être déclarés, documentés, et encadrés par un humain.
    • Et enfin en août 2026, l’ensemble des obligations sera généralisé et les sanctions applicables.

Les sanctions peuvent aller jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires annuel pour les violations les plus graves.

Utiliser l’IA dans ses formations sans enfreindre la réglementation 

L’intelligence artificielle permet aujourd’hui de nombreuses automatisations dans les parcours pédagogiques. Toutefois, dès lors qu’un outil influence un parcours de formation, évalue un niveau ou oriente un apprenant, il peut entrer dans le champ du risque élevé.

Pour rester conforme, plusieurs règles essentielles doivent être respectées.

1 : Documenter l’outil utilisé

Chaque outil d’IA doit être clairement documenté. L’organisme doit être en mesure d’expliquer :

  • ce que fait l’outil,
  • quelles données il utilise,
  • comment il prend ses décisions,
  • quelles sont ses limites.

Par exemple, dans le cadre d’une correction automatique de QCM, il est nécessaire de documenter les critères de notation, les éventuelles marges d’erreur et les mécanismes de contrôle manuel prévus.

2 : Mettre en place une supervision humaine

L’IA Act impose qu’un humain puisse comprendre, vérifier et corriger ou contester une décision prise par une IA. C’est le principe de la supervision humaine.

Un apprenant évalué automatiquement doit donc pouvoir demander une vérification humaine ou contester un résultat auprès d’un formateur qualifié.

La supervision humaine devient ainsi un élément central de la conformité.

3 : Informer clairement les apprenants

C’est une obligation prévue par l’article 52 du règlement. L’utilisateur – en l’occurrence votre apprenant – doit être informé qu’il interagit avec un système d’intelligence artificielle.

Dans un module e-learning intégrant un chatbot pédagogique, une mention visible doit par exemple préciser qu’il s’agit d’un système d’IA.

4 : Sécuriser les données utilisées

Les systèmes d’IA à haut risque doivent garantir la qualité, la sécurité et l’intégrité des données. Cela suppose d’éviter les biais, d’anonymiser les données personnelles, et de respecter les règles RGPD.

Lorsqu’une IA repose sur les résultats des apprenants, les données doivent être pertinentes, sécurisées et utilisées avec le consentement des personnes concernées.

Pour renforcer la conformité et structurer les usages de l’IA, trois bonnes pratiques peuvent être adoptées :

  • Créer une fiche de conformité IA pour chaque outil utilisé
  • Organiser une revue trimestrielle des outils IA par un comité de pilotage pédagogique
  • Documenter les incidents ou erreurs observées, et les actions correctives prises.

L’utilisation de l’IA dans les formations reste donc possible, mais elle nécessite davantage de rigueur, de transparence et de contrôle.

Former ses équipes à l’IA : une obligation et un levier stratégique

L’IA Act ne se limite pas à encadrer la technologie : il impose également une obligation de formation et de sensibilisation des équipes.

Sans connaissance suffisante des enjeux, des limites et des risques liés à l’intelligence artificielle, les équipes peuvent mal utiliser les outils ou ne pas détecter certains dysfonctionnements et biais.

La formation des équipes doit être pratique, ciblée et actualisée. Elle ne consiste pas à faire un cours théorique sur l’intelligence artificielle, mais à donner les clés pour maîtriser les outils utilisés et pour comprendre la législation applicable.

Les principaux points à aborder sont :

  • Le cadre légal et éthique : comprendre l’IA Act, ses objectifs, ses obligations, et les risques liés à l’usage de l’IA.
  • Les spécificités techniques des outils IA : savoir comment fonctionnent les algorithmes, comprendre les notions de biais, d’erreur, et d’hallucination (c'est-à-dire quand l’IA produit une information fausse, mais présentée comme vraie).
  • La gestion des données : sensibiliser aux bonnes pratiques de collecte, stockage, anonymisation et protection des données, en conformité avec le RGPD.
  • La posture à adopter avec les apprenants : apprendre à informer clairement les apprenants sur l’usage de l’IA, répondre à leurs questions, et gérer les situations où un résultat ou une décision IA est contestée.
  • Le suivi et l’évaluation des outils : former les équipes à documenter les incidents, signaler les erreurs, et participer à la mise à jour continue des systèmes.

Concernant sa durée, une formation initiale de 4 à 6 heures est un bon point de départ. Idéalement, elle peut être répartie sur plusieurs sessions afin de faciliter l’appropriation des notions abordées.

Cette formation doit être complétée par des ateliers pratiques réguliers, tous les 3 à 6 mois, permettant de :

  • Faire un point sur les évolutions législatives et technologiques,
  • Partager des retours d’expérience,
  • Mettre à jour les bonnes pratiques en fonction des incidents remontés.

 

Le plan d’action pour mettre son organisme en conformité

Pour aider les organismes de formation à structurer leur démarche, voici un plan d’action concret en six étapes.

1ère étape : Identifier et recenser les outils IA utilisés

Il s’agit de faire un inventaire précis de tous les outils et systèmes basés sur l’intelligence artificielle utilisés dans les formations.

Il est utile d’identifier :

  • Quels outils font de l’évaluation automatisée ?
  • Quels outils adaptent les parcours en fonction des apprenants ?
  • Quels systèmes collectent et analysent des données personnelles ?

Un tableau de suivi peut être mis en place pour répertorier le nom de l’outil, son usage, les données utilisées et le niveau de risque identifié.

2ème étape : Analyser la conformité de chaque outil

Chaque outil doit faire l’objet d’une analyse rigoureuse pour vérifier :

  • S’il est conforme aux exigences de documentation et de transparence de l’AI Act.
  • S’il intègre un dispositif de supervision humaine efficace.
  • Si les données traitées sont sécurisées, anonymisées et pertinentes.
  • Si les utilisateurs sont correctement informés de l’usage de l’IA.

Dans certains cas, cela peut impliquer des échanges avec les éditeurs pour obtenir des preuves ou des documents techniques.

3ème étape : mettre en place des procédures de supervision humaine

La supervision humaine doit être clairement structurée.

Il est nécessaire de définir les personnes responsables du contrôle des décisions prises par l’IA et de mettre en place des procédures de validation des résultats automatisés.

Dans certains organismes, un référent IA peut être désigné pour superviser les outils utilisés et valider certaines évaluations.

4ème étape : Informer les apprenants

L’information des apprenants est obligatoire.

Cela peut prendre la forme :

  • D’une mention dans le règlement intérieur de la formation,
  • D’un bandeau d’information en début de module digital,
  • D’une présentation orale lors de la session de lancement.

Cette information doit rester visible, claire et facilement accessible.

5ème étape : Sensibiliser et former les équipes

Des sessions de formation régulières doivent être planifiées afin de maintenir les compétences à jour et diffuser les bonnes pratiques.

Des supports complémentaires comme des guides ou des FAQ peuvent également être mis à disposition des équipes.

6ème étape : Documenter et auditer

Enfin, l’ensemble des démarches mises en place doit être documenté.

Les organismes doivent conserver une trace :

  • des contrôles réalisés ;
  • des incidents détectés ;
  • des actions correctives mises en œuvre.

Un audit annuel peut également permettre de vérifier la conformité globale et d’ajuster les pratiques si nécessaire.

 

L’intelligence artificielle représente une opportunité majeure pour les organismes de formation, à condition d’être utilisée avec prudence et rigueur.

L’IA Act est une évolution majeure qui impose :

  • D’identifier précisément les usages de l’IA à haut risque,
  • De documenter et de contrôler les outils utilisés,
  • De former les équipes et d’informer les apprenants,
  • Et d’instaurer une supervision humaine effective.

Au-delà de la contrainte réglementaire, cette démarche peut également devenir un véritable levier de qualité, de transparence et de confiance pour les apprenants comme pour les organismes de formation.

 

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